Et la littérature africaine?


#1

Nous en avons parlé un peu, beaucoup, je vais en parler passionnément :blush:.
Je viens de terminer un coup de poing (un coup de poing. Pas même un livre coup de poing. Non, c’est plus sec), Murambi, le livre des ossements de Boubacar Boris Diop. Cet ouvrage a été écrit dans le contexte d’une maison d’écrivain mise en place à Kigali en 1998 afin de faire venir des auteurs africains pour faire témoigner. Témoigner de ce que le monde entier avait refusé d’écouter si peu de temps auparavant, c’est à dire l’existence d’un génocide (et non pas le pseudo conflit ethnique -terme qui au passage n’a aucun sens- que l’on nous ressort systématiquement à la moindre étincelle en Afrique. A croire qu’il n’existe d’ethnies qu’en Afrique) qui s’est déroulé, même les médias français les plus réticents l’avouent enfin maintenant, avec la totale complaisance des militaires français. Pour ne pas dire plus.
De facon significative, les cadavres si rapidement enterrés pour masquer ce génocide ont été déterrés, exposés à ceux qui ne voulaient pas voir…c’est à dire tout un chacun.

Dans le cadre de cette même démarche, je compte d’ailleurs lire bientôt un livre de V.Tadjo.

Pour en revenir à Murambi, je me contenterais d’en tirer un extrait "J’ai moi-même souvent vu à la télé des scènes difficiles à supporter. (…) Je ne me rendais pas compte que si les victimes criaient aussi fort, c’était pour que je les entende, moi, et aussi des milliers d’autre gens sur la Terre, et qu’on essaie de tout faire pour que cessent leurs souffrances. Cela se passait toujours si loin, dans des pays à l’autre bout du monde. Mais en ce début d’avril 1994, le pays à l’autre bout du monde, c’était le mien."
Il ne s’agit pas dans ce livre d’accuser, mais de comprendre comment c’est possible, pourquoi c’est possible, et comment le fait d’être (mal)informés ne nous rend pas moins totalement impuissants (ou presque).

J’ai toujours été fascinée que nous relevions toujours les plus grands exemples d’humanité aux moments mêmes où celle-ci s’abolit de l’intérieur, implose dans un grand silence de complaisance. Pourquoi ne sommes-nous capables de nous questionner sur nous-mêmes que lorsqu’il est trop tard? Ne devrions nous pas comprendre l’humanité de l’autre quand tout va bien (ou pas trop mal) pour ne justement jamais plus pouvoir le déshumaniser si totalement?
Et cet ouvrage ne fait pas exception. Parmi l’intolérable qui est raconté, l’auteur place ici et là des surhumains, sans doute les seuls qui nous permettent, entre deux violentes nausées de reprendre notre souffle. Mais ce n’est pas propre à ce genre de fiction. Non. ce genre fiction reproduit en cela un réflexe humain de distanciation, la seule technique qui nous permette d’absorber l’intolérable.
Trouver la bonne distance : celle qui permet de survivre mentalement (pour le physiquement, à part le hasard…) mais qui n’empêche pas d’agir. Je suppose que c’est cela qui fait les “héros” tels que nous l’entendons.


C'que vous avez pensé des livres de Mai et Juin (Romans) ;)
#2

Je me rends compte que je connais très mal la littérature africaine.

Le peu que j’en ai lu vient de @marjorie-founder: Congo Inc, La Marche de l’incertitude, Le marchand de passés, Tout s’effondre ou toi @Jacmel , avec la série des Ma Ramotswe. Ah, si j’ai quand même lu quelques auteurs sud-africains toute seule :sweat_smile:

Peut-être est ce parce qu’elle est rarement mise en avant? Mais je crois aussi que j’ai un gros a priori négatif, je me dis que ce sera forcément une lecture violente et dure, ce qui ne me donne pas très envie… Et je ne suis pas sûre que ce que tu dises de Murambi me fasse vraiment changer d’avis! :smile:

Mais bon, tout n’est pas perdu: je viens de me commander Une si longue lettre de Mariama Bâ, ton avis sur ce livre m’ayant vraiment donné envie de le lire! :wink:


#3

Tout pareil que toi pour les livres Exploratology et l’a priori négatif ! Et tout comme toi, prête à combattre cet a priori !


#4

Le problème, c’est que c’est exactement le genre de littérature que j’aime :sweat_smile:
Mais Agualusa n’est pas dur, non? :slight_smile:


#5

Oui, je sais! :smile: Mais disons que quand on prendra notre retraite, on n’ira pas prendre le thé ensemble dans un bouquin de littérature africaine, plutôt dans un bon vieux Jasper Fforde (et une fois dans la Grande bibliothèque, on ira où on veut!!!)

Non, en effet! Et Ma Ramotswe non plus! Comme quoi, c’est un a priori généraliste qu’il me faut combattre!


#6

Bon, je t’avais dit que je n’avais pas vraiment envie de le lire, j’ai peur qu’il soit trop dur, trop violent… Sauf que depuis que je t’ai dit ça, je n’arrête pas de tomber dessus par hasard: sur internet, dans ma merveilleuse petite librairie… Je crois que ce livre m’appelle, en fait :sweat_smile:


#7

:heart_eyes: Merci @Jacmel!
Je l’ai lu en deux fois, ce week-end et j’ai vraiment adoré! Merci pour cette découverte de la littérature africaine, dans une version nettement moins violente/sanglante que ce que mes préjugés me faisaient craindre.

Je n’ai pas grand chose à ajouter à ton avis, sauf peut-être que l’écriture est très belle, simple, mais avec un vocabulaire, une façon de placer les mots, des répétitions qui rendent cette “lettre” très poétique. L’histoire peut nous paraître “exotique” (la polygamie au Sénégal), et pourtant, l’empathie et dans une certaine mesure l’identification ont marché à plein régime avec moi: j’ai lu le récit émouvant, d’une femme, d’une mère, qui fait face à l’adversité en étant consciente de ses forces et de ses faiblesses, de son passé et de ce qu’elle veut vivre désormais.


#8

ça donne envie… tout ce que j’aime…


#9

et hop, je viens de le réserver dans ma bibliothèque préférée… ( qui me dit que j’ai atteint le nombre maximum de réservation autorisée… ça c’est nouveau ! c’est depuis que je viens que le forum d’Exploratology ! ) quand je pense qu’avant je ne savais pas quoi lire …


#10

Ce temps-là est révolu !


#11

Je poursuis ma découverte de l’Afrique avec une BD: Aya de Yopougon de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, achetée hier et lue d’une seule traite. :heart_eyes:

Aya, 19 ans, vit dans un quartier populaire d’Abidjan (Côte d’Ivoire) à la fin des années 70, et l’on suit sa vie et celle de ces copines, à ce moment particulier où l’on se dessine un avenir, cette fin d’adolescence où l’on cherche par tous les moyens (dont certains très drôles) à échapper à la surveillance de ses parents (d’autant plus écrasante que l’on est une fille) pour aller s’amuser. Sauf si comme Aya, on envisage sérieusement de devenir médecin, pour éviter la série C: coiffure, couture, chasse au mari.:smiley:

Cette BD aborde de nombreux sujets: la famille, la condition féminine, la liberté, la sexualité, les différences sociales, etc. mais sans aucun pathos. C’est un véritable régal de lecture, avec de nombreuses expressions et tournures de phrases locales (il y a même un lexique à la fin).

Et ce qui ne gâte rien, le dessin est simple et joli, la BD toute en couleurs éclatantes, ce qui se marie parfaitement à l’histoire.

Bref, une très jolie découverte, loin des clichés habituels: les autres tomes sont bien évidemment dans ma wish-list!


#12

oui, je connais Aya de Yopougon, j’avais lu les 2 premières BD il y a quelques années… j’avais adoré!
effectivement, l’air de rien, cette BD aborde beaucoup de sujets concernant les femmes africaines …
et c’est très drôle! ( et joli graphisme, très agréable;)
je crois qu’il y a maintenant 5 ou 6 tomes… je ne sais pas si les suivants sont aussi bons !


#13

En parlant de littérature africaine, j’avais adoré Photo de groupe au bord du fleuve d’Emmanuel Dongala.
Cela raconte l’histoire de femmes africaines qui cassent des cailloux au bord du fleuve. Elles veulent gagner de l’argent pour envoyer leurs enfants à l’école, et vont se révolter pour obtenir un meilleur salaire…
Dans le livre, le pays où cela se passe n’est jamais nommé, mais on imagine bien que cela pourrait se passer au Congo, pays de l’auteur…
Le style est particulier, écrit à la deuxième personne, et cela donne encore plus de force au roman:
“Tu te réveilles le matin et tu sais d’avance que c’est un jour déjà levé qui se lève. Que cette journée qui commence sera la sœur jumelle de celle d’hier, d’avant-hier et d’avant-avant-hier.Tu veux traîner un peu plus au lit, voler quelques minutes supplémentaires à ce jour qui pointe afin de reposer un brin plus longtemps ton corps courbatu, particulièrement ce bras gauche encore endolori par les vibrations du lourd marteau avec lequel tu cognes quotidiennement la pierre dure. Mais il faut te lever, Dieu n’a pas fait cette nuit plus longue pour toi.”


#14

Aya de Youpougon, toppissime! Des amis nous les ont offert pour notre mariage: dévorés et en bonne place sur la bibliothèque. J’ai récemment lu Petit Piment , Alain Mabanckou, un roman d’apprentissage qui aborde beaucoup de sujets, un bon début, à approfondir. Dans un tout autre style, Lontano et Congo Requiem, de Grangé: outre le côté polar/thriller, Grangé est avant tout un journaliste. C’est très documenté, et effectivement appréhende, je pense avec justesse et recul l’Afrique.
Le Marchand de passés me fait très très très envie …


#15

Ça fait un bout de temps que je voulais lire Aya, la prochaine fois qu’il est disponible à la bibliothèque je l’attrape !

Je suis en train de lire Half of a yellow sun (L’Autre moitié du soleil) de Chimamanda Ngozi Adichie et :astonished:
Je ne sais pas si je vais en ressortir indemne…
Et pour le coup @JessP, si tu veux découvrir l’autrice un jour va vers Americanah parce que là c’est sacrément violent (en même temps ça parle de la guerre du Biafra donc bon).


#16

Je ne pense pas qu’on en sorte indemne (ni qu’on en sorte jamais d’ailleurs). C’est à mon avis un roman culte (raison pour laquelle je le prête sans arrêt).
Mais c’est aussi un signal d’alarme sur la bascule de la normalité à l’anormalité (jeu de mot involontaire).


#17

Quand j’ai vu que tu étais en train de le lire @Pauline et comme je me souvenais que @Jacmel en avait déjà parlé, je me suis dit que ça faisait deux excellentes raisons de l’ajouter à ma wish-list… Sauf qu’après vos dernières précisions, je vais peut-être attendre :sweat_smile:

Americanah est dans ma wish-list (et peut-être bientôt dans ma PAL donc!)


#18

Aya de Yopougon, c’est sur ma wish list depuis plusieurs années, vous allez me faire craquer :sob:


#19

Je viens de dévorer les trois derniers tomes de Aya (les seuls présents dans ma bibli) :heart_eyes:


#20

Ah oui, je reconnais bien là ta technique du “pourquoi attendre entre les tomes alors que je peux tous (ou presque) les dévorer à la suite?” :joy:
Contente que ça t’ait plu (mais je n’avais pas trop de doute à ce sujet). Et du coup, tu m’as devancée de deux tomes… Même quand je te fais “découvrir” un truc, je me retrouve vite à la traine :sweat_smile: