Et la littérature africaine?


#21

Je vais parler d’un livre ni violent ni triste, qui m’a énormément plu même s’il ne plait pas à tout le monde :grin:, Aux Etats Unis d’Afrique de Abdourahman A.Waberi (il me semble que Zulma vient de le rééditer, mais c’est sorti chez Babel il y a un certain temps).
L’auteur a recréé notre monde, mais les richesses, tant culturelles qu’économiques, d’autorité se sont inversées et les Etats-Unis d’Afrique dominent le monde.
Maya, jeune normande sauvée de justesse de la sauvage guerre ethnique breton-normand par une couple de médecin humanitaire d’Erythrée, va, adulte, rechercher ses origines.
Dit comme ça, on s’attend à une charge politique, non? Et bien, pas du tout. L’auteur entame un long poème, onirique, flou et un peu brumeux quelque part.

Je pense que, au-delà de l’aspect politique qui me séduit forcément, c’est ce décalage de style totalement inattendu qui m’a emmenée dans ce texte.


#22

La box de juin de ma petite librairie est sur la littérature africaine: trop hâte!!! :smiley:


#23

Je viens de finir L’autre moitié du soleil de Chimamanda Ngozi Adichie…et je ne m’en remets pas.
je crois que j’ai rarement lu un livre aussi fort.
Je ne connaissais rien de l’histoire ( la guerre Biafra/ Nigeria) et maintenant j’ai envie de hurler à tout le monde qu’on a laissé mourir toute une population !
bon, c’est l’effet que font les bons livres…
Quand je pense que je n’avais jamais entendu parler de ce livre, alors que je passe mon temps dans les librairies et en bibliothèques à demander qu’on me conseille des livres qui “sortent de l’ordinaire”…
Heureusement que Jacmel est là !:slight_smile: et les exploratologues !
merci à vous!
et en plus c’est super bien écrit!
j’ai hâte de livres les autres livres de cette auteure !


#24

Déjà dans ma PAL et j’espère bien que la Bookjar sera sympa et me le sortira bientôt ! L’extrait donne super envie en plus !


#25

Gros coup de coeur pour Notre quelque part de Nii Ayikwei Parkes, aux éditions Zulma. Ce roman ghanéen mêle histoire policière et fable (amis du rationnel et des Experts, ce livre n’est peut-être pas pour vous), l’Afrique et le monde occidental, la ville moderne et la campagne perdue.

L’ensemble des personnages est extrêmement bien campé, des principaux aux plus simples “silhouettes” croisées au gré de l’intrigue et l’enquête nous donne à voir plusieurs faces du Ghana (hommes de pouvoir corrompus et tout puissant, habitants des villages traditionnels, jeune médecin revenu au pays après une expatriation étudiante, etc.) sans que l’on sente le moindre jugement.

Et surtout j’ai adoré tout le travail autour de la langue parlée, version “créolisée” de la langue occidentale, mêlée des idiomes locaux (au passage, le travail de traduction est remarquable!). Bref, un vrai bonheur de lecture!


A la découverte de
#26

Je vais aller chercher ça à ma bibli dès qu’elle ouvre :yum:


#27

Je pense que tu vas aimer: j’ai lu les premiers chapitres avec des paillettes dans les yeux! :sparkles: J’ai hâte d’avoir ton avis!


#28

Il ne s’agit pas vraiment de littérature (et même pas du tout), mais d’un témoignage que j’ai trouvé, pour une fois assez bien écrit, sans exercice particulier de style, mais rendu de façon fluide et attirante ; et surtout, évidemment, extrêmement intéressant : Coeur de feu de Senait Mehari, c’est à dire cette chanteuse-ci
Senait est une Erythréenne catholique abandonnée par sa mère, ballottée d’orphelinat en bout de famille avant d’échouer dans l’armée déjà en déroute du FLE…avec un centième de ça je me serais effondrée, mais cette femme présente une force peu commune (et nous montre comment ses consoeurs sont également résiliantes et solides) et nous entraîne sur ses pas sans jamais perdre de vue sa capacité à survivre, et même, à vivre.

On retrouve cette évidence que nous oublions très souvent dans un pays en paix : on vit sous la guerre. On y rêve même, et on y fait des familles et des projets (en fait, c’était la raison initiale de mon départ en Haïti, avant de changer de sujet ).
Du point de vue de pleins de pays dans le monde, ce que je viens de dire est une évidence. Ce n’en n’est (plus) une pour nous (et c’est bon signe pour nous, heureux que nous sommes).

C’est à connaitre, à lire une fois même si ce n’est sans doute pas relu.


#29

Seigneur! J’ai fini Les jambes d’Alice de Nimrod il y a maintenant presque une semaine, et je n’arrive toujours pas à vous en parler tellement il m’a mise en COLERE :rage:
Bref, en attendant que j’arrive à revenir sur le sujet…très bien écrit, mais c’est bon, je ne supporte plus une certaine dose d’objectivation méprisante des femmes (raison pour laquelle je n’arrive plus à lire René Fallet d’ailleurs).
Stop. Je suis un être humain. Allez vous faire foutre les abrutis!

Promis, je reviendrai dessus. J’ai même pris des photos.


#30

Allez, j’ai réussi à en parler à @marjorie-founder, je vais bien réussir à écrire!!!

Les jambes d’Alice traite , selon Actes Sud, d’une histoire d’amour (euuuuuuuh) érotique (ouais, ça ok). Selon moi, :nauseated_face:

Donc, nous avons le narrateur, professeur de lycée, qui, lors d’une fuite de la capitale en pleine guerre, alors qu’il doit rejoindre sa femme et sa fille, tombe sur une de ses élèves et se rend compte qu’il va enfin avoir l’occasion de concrétiser ce dont il rêve depuis quelques mois : lui sauter dessus.
Après tout, le narrateur nous le dit, il “aime les femmes”, il leur “voue un culte”. Mmmmh. Plutôt à leurs corps. Il n’y aurait personne à l’intérieur, ça l’arrangerait bien.
D’ailleurs, et c’est loin d’être anecdotique, durant la première moitié du livre, le personnage féminin central, cette fameuse Alice, ne sort pas un mot. Leur relation commence alors même que rien n’indique au lecteur qu’elle est, ne serait-ce qu’un tout petit peu consentante.
Il use en toute conscience de manipulation mentale ainsi, lorsqu’il exécute un acte sexuel qui la dérange, et qu’elle réagit, que fait -il?

Passons. Après la première partie paradisiaque (pour le narrateur), Alice prend un peu de place dans la narration…et pour cause, le narrateur se lasse d’elle et nous explique pourquoi (désolée pour le flou, le métro en est responsable)


Cool, non, ce mec? Une perle!
Cela m’a (violemment) rappelé le René Fallet de L’angevine, où le (sale connard) narrateur raconte comment il déteste après les rapports sexuels que ses compagnes aillent se doucher le vagin (un “méthode de contraception” plus ou moins efficace de l’époque), sachant qu’il ne veut pas d’enfant (mais alors vraiment pas) et refuse les préservatifs.
R.Fallet/Nimrod, même combat.

Enfin bref, ce charmant monsieur, apprenant que sa femme et sa fille étaient dans un village attaqué, a décidé de partir les rejoindre. après avoir assuré Alice qu’il reviendrait (et assuré au lecteur que non), il est parti voir l’oncle d’Alice, lui dit mot pour mot, “Reprends ton fardeau” et s’est barré.

Tranquille.
A part ça le narrateur explique à longueur de page que son drame est qu’il aime les femmes.
Je pense surtout qu’il n’a toujours pas compris que les femmes étaient des êtres humains et non des poupées gonflables. Mais ça n’est que mon avis.

Accessoirement, et c’est peut être ce qui m’énerve le plus avec cet (connard) écrivain, c’est que son écriture est belle. Très belle.

Oh ce qu’il m’énerve!!!


#31

Tu as su lire le livre jusqu au bout???


#32

Il ne fait que 120 pages :grin:. Je me suis accroché.
En vérité : j’étais dans le métro et je n’avais que ça :joy:

Et puis j’avais lu quelques jours avant Théo Ananissoh, un reptile par habitant, qui m’avait agacé (moins, mais un peu quand même), et m’avait offert une surprise dans les dernières pages. J’ai beaucoup espéré que Nimrod allait faire de même.

Et là, je me rends compte que je ne vous ai pas parlé de Un reptile par habitant, qui commence comme un polar classique avec un anti héros un peu crétinibus, cumulant une naïveté confinant à l’imbécillité (tous les personnages en conviennent, ce n’est pas que mon opinion :sweat_smile:) et un sexisme ordinaire (à un niveau que je qualifierai d’agaçant mais tolérable) “classique” (lui couche avec tout ce qui bouge, c’est normal, une femme fait pareil, c’est incompréhensible et pathologique :roll_eyes: )…mais plonge dans les dernières pages dans un délire qui prend autant le lecteur de court que son anti-héros.
Mine de rien, c’est assez sympa (assez pour que j’en ai mis deux autres de l’auteur dans ma pile, donc bon), même si pas extraordinairement génial. Bien sympa. D’un coté, l’écriture est très fluide, sans fioriture non plus, mais efficace ; et de l’autre l’ambiance particulière du Togo contemporain est très très bien rendue.

NB : n’empêche que ces deux “héros”, chez Nimrod, comme chez Ananissoh, sont des profs de lycée qui considèrent comme tout à fait normal de coucher avec leurs étudiantes.
Les deux sont également des trans-pays : des hommes ayant grandi au pays, vécu en France, revenus au pays avec un regard semi nostalgique-semi étranger. Enfin pour ce qui les arrange. Coucher avec des gamines, ça, ça ne les interroge pas. On se questionne sur ce qui nous dérange seulement.


#33

NB: si vous cherchez à lire Nimrod dans le cadre du projet un livre par pays et que vous n’avez trouvé personne d’autre pour le Kenya, je vous le déconseille, sauf si vous pensez que la beauté stylistique vous permettre de supporter le reste (après tout je n’ai pas encore essayé Le bal des Princes)
Toutefois, je signale que dans les nouveautés Actes Sud, se niche un livre assez sympathique -j’en suis au premier tiers- d’une Kenyanne, Yvonne Adhiambo Owuor, la maison au bout des voyages. Ce n’est pas (ou pas encore) un immense coup de coeur de folie (sinon je ne vous en parlerais pas et je transmettrai direct à mon chef comme beaucoup de mes dernières lectures :grin:) mais c’est tranquillement beau, nostalgique comme un fleuve qui s’écoule presque, et joliment écrit. On prend du plaisir à le lire.


#34

Rien qu’à lire ces extraits, ton énervement est partagé! :rage:
Enfin, pour une fois que quelqu’un parle d’un livre que je n’ai pas envie d’ajouter à ma wish-list… :sweat_smile:


#36

Mon grand classique du mois dernier était un grand classique de la littérature mondiale : Chaka, une épopée bantoue, de T.Mofolo, écrit en 1910, paru en 1925 (l’écart, je viens de l’apprendre, étant dû aux blocages de missionnaires indélicats) en Souto.

C’est effectivement une épopée au sens plein du terme, avec le souffle d’une épopée européenne et africaine tout à la fois, et une écriture très particulière, ultra stylisée et formalisée mais qui ne fait qu’accrocher encore plus à la lecture. C’est également un texte qui démontre, une fois de plus, qu’il est possible d’écrire un superbe ouvrage sur un personnage parfaitement déplaisant*.
Vraiment une très belle expérience.
J’aurais juste à redire sur les choix de traduction que je trouve dommageables parfois, le traducteur ayant préféré européaniser les expressions idiomatiques bantoues -quitte à l’expliciter en note de bas de page.
Premier problème, les expressions de 1940 -date de la traduction française- ne sont déjà plus les nôtres, la tentative de rapprochement fut donc fugace.
Second problème, et à mon avis le plus grave, on perd beaucoup du style de cette façon : les notes de bas de pages eussent été plus pertinentes si elles nous avaient expliquées l’expression idiomatique originale alors laissée dans le texte.

*ne vous attendez pas à de tendres retrouvailles avec le héros de la négritude chanté par Sedar Senghor.


#37

Grâce aux conseil de @JessP, je m’étais gardé Notre quelque part pour un coup de mou…Quelle bonne idée!!! comme @JessP, gros coup de coeur pour ce livre un peu hybride et délicieusement bizarre


#38

Trop heureuse qu’il t’ait plu!!! :grin:


#39

Quand, à nouveau, en lisant le roman d’un Tchadien vivant en Suisse, tu retrouves le fantasme de la lycéenne “nombril à l’air et mini jupe à la rescousse” qui drague le professeur.
Sérieusement les mecs?
Et je ferais remarquer que je ne retrouve ces âneries que sous la plume de membres de la diasporas parlant de leur pays d’origine.
Ce qui m’amène à deux questions : Fantasmes du retour au pays et à l’adolescence? Incorporation dru mythe raciste de l’hypersexualité (si on veut chercher des mythes universels, celui-là, il se pose là : chaque culture a inventé et diffusé l’idée que les femmes de la culture d’à côté étaient hypersexuelles) ?
On dirait des adultes avec la mentalité d’ados à peine pubères (et encore, j’ai l’impression d’insulter les-dits ados).

Je crois que je vais arrêter de lire les romans écrit par des hommes, je n’en peux plus. Vraiment.
Je sais bien que tous les écrivains ne sont pas atteints du calbute à ce point, mais, sincèrement, j’en ai assez de tomber sur ce genre de conneries.
Je fais une overdose.

NB: Mosso, de Nétonon Noel Ndjekery. C’est peut être génial…mais je m’en fous. La vie est trop courte pour accorder du temps à ça.

NBBis: Oui, je suis un peu énervée. Beaucoup. Marre

NBTer: Au moins jusqu’à ce soir!


#40

Petit à petit cet été, j’ai écumé la série de romans policiers mettant en scène Habib Keita et Sosso Traoré de Moussa Konaté.
C’est sympathique, tranquille, naturel, pas casse-tête. Je n’en ferai pas un titre exceptionnel, le style ne cassant pas des briques. Mais ça permet de passer de bons moments, ne serait-ce que parce que l’auteur parvient toujours à nous chatouiller quelque part. C’est aussi très agréable d’avoir un point de vue interne, contemporain et vivant sur le Mali contemporain. On sort du côté Mali-Dogon (Australie-Kangourou), et on voit enfin ce qui devrait être évident : le Mali est un grand pays, riche de pleins de cultures diverses, dans lequel chaque région, classe sociale, famille a sa culture nationale et sa culture spécifique. Une complexité que nous vivons (on vient de telle région, urbain ou rural, croyant ou non, ouvrier ou cadre, etc), mais que nous avons toujours du mal à accorder aux autres (ce que j’appelle le syndrome Australie-Kangourou).
Je pense sérieusement offrir la série à ma mère pour Noel d’ailleurs :thinking:


#41

:joy:
Je me suis fait exactement la même réflexion régulièrement à force de lire des romans aux jeunes femmes “exotiques” et hypersexualisées aux lonnnngues jambes élancées (et je fait une overdose de longues jambes élancées ces derniers temps, j’y ai eu droit à chaque roman depuis un mois)